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Crowdfunding ENR : investir dans les renouvelables en 2026

Par Manon Lemaire · Publié le · 18 min lecture

Sommaire de l'article
  1. TL;DR : l’essentiel en six points
  2. Ce que finance réellement le crowdfunding ENR
  3. Le marché ENR en 2026 : 358 millions d’euros pour 407 projets
  4. D’où vient l’argent qui vous rembourse
  5. Le bonus de financement collectif des appels d’offres CRE
  6. L’article L294-1 du code de l’énergie et l’accès des riverains
  7. Obligation, action, part de coopérative : trois véhicules distincts
  8. Les risques propres aux projets d’énergie renouvelable
  9. Fiscalité : le prélèvement forfaitaire unique reste la règle
  10. Vérifier la plateforme et l’offre avant de souscrire
  11. Construire une poche ENR cohérente
  12. Trois erreurs fréquentes chez les investisseurs ENR
  13. Sources et références officielles

Le crowdfunding ENR finance des centrales solaires, des parcs éoliens terrestres, des unités de méthanisation et de petites centrales hydroélectriques, le plus souvent sous la forme d’obligations émises par une société de projet dédiée, avec une immobilisation de douze à soixante mois. Le segment a collecté 358 millions d’euros en France en 2025 pour 407 projets, soit un peu plus d’un cinquième de l’ensemble du financement participatif national. Sa singularité tient à un mécanisme que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le crowdfunding : l’État récompense par des points de notation les développeurs qui ouvrent leur financement aux particuliers et aux collectivités.

Cet article, rédigé par Manon Lemaire pour crowdialogue, expose ce que finance réellement ce segment, d’où provient l’argent qui rembourse les souscripteurs, ce que le cahier des charges des appels d’offres impose aux porteurs de projets, quels risques restent spécifiques aux infrastructures énergétiques et comment construire une poche ENR sans mélanger conviction environnementale et analyse de crédit. À jour au mois d’août 2026.

Avertissement : cet article a une visée strictement informative et ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Le financement participatif comporte un risque de perte partielle ou totale du capital engagé ainsi qu’un risque d’illiquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

TL;DR : l’essentiel en six points

  • 358 millions d’euros collectés en 2025 sur le segment des énergies renouvelables, en hausse de 2 pour cent, pour 407 projets financés, soit 31 pour cent de plus qu’en 2024.
  • Le véhicule dominant reste l’obligation émise par une société de projet, pas la part de capital, ce qui place l’épargnant en position de créancier chirographaire.
  • Les revenus du projet sont sécurisés par un contrat de complément de rémunération de vingt ans dans la plupart des cas, mais cette visibilité porte sur le chiffre d’affaires, jamais sur la dette.
  • Le cahier des charges des appels d’offres de la CRE attribue deux points sur cent au financement collectif et jusqu’à cinq points à la gouvernance partagée, ce qui explique l’existence même de nombreuses collectes.
  • L’article L294-1 du code de l’énergie organise l’accès des riverains et des collectivités au capital des sociétés de projet.
  • Le risque dominant n’est ni le prix de l’électricité ni la météo mais le calendrier : raccordement, autorisations et recours contentieux décalent les mises en service et donc les remboursements.

Ce que finance réellement le crowdfunding ENR

Une collecte ENR finance rarement la construction complète d’une centrale : elle finance une fraction des fonds propres ou des quasi-fonds propres d’une société de projet, le reste provenant d’une dette bancaire senior. Comprendre cette place dans la structure de financement conditionne toute la lecture du risque.

Un parc solaire au sol de dix mégawatts représente un investissement de plusieurs millions d’euros. La banque apporte typiquement 70 à 85 pour cent du montant, sous forme de dette senior amortissable adossée aux revenus futurs de l’installation. Le développeur doit couvrir le solde en fonds propres. C’est sur cette tranche, ou sur son refinancement, que la plateforme de financement participatif intervient. Le souscripteur se retrouve donc au-dessus des actionnaires mais derrière la banque dans l’ordre de remboursement, position dont peu d’offres commerciales rendent compte explicitement.

Trois moments distincts appellent des besoins différents. Le développement couvre les études, les mesures de gisement, les autorisations d’urbanisme et les demandes de raccordement, avant que le projet n’ait la moindre chance d’être construit. Le risque y est maximal puisque le projet peut ne jamais voir le jour. La construction commence une fois les autorisations purgées de recours et le financement bancaire bouclé. L’exploitation correspond au refinancement d’un actif déjà en service, qui produit et facture : c’est de loin la configuration la moins risquée, et souvent la moins rémunératrice.

Une même plateforme propose ces trois profils sans toujours les distinguer dans son argumentaire. Lire le document d’information clé pour identifier le stade exact du projet financé est le premier réflexe utile, avant même de regarder le rendement cible affiché. Notre mode d’emploi du crowdfunding solaire et éolien détaille le fonctionnement plateforme par plateforme.

Le marché ENR en 2026 : 358 millions d’euros pour 407 projets

Le financement participatif des énergies renouvelables a collecté 358 millions d’euros en France en 2025, en progression de 2 pour cent, tandis que le nombre de projets financés bondissait de 31 pour cent pour atteindre 407 opérations. Ces données proviennent du baromètre 2025 du crowdfunding en France publié par France FinTech et Forvis Mazars.

La lecture croisée de ces deux séries est plus instructive que chacune prise isolément. Une collecte quasi stable pour un tiers de projets supplémentaires signifie que le montant moyen levé par opération a fortement reculé, à environ 880 000 euros contre plus d’un million l’année précédente. Le marché s’atomise : davantage d’opérations plus petites, ce qui améliore mécaniquement les possibilités de dispersion pour un particulier, mais accroît le travail d’analyse à effectuer pour un même montant investi.

Rapporté à l’ensemble du financement participatif français, qui a levé 1 763 millions d’euros en 2025, le segment ENR pèse un peu plus de 20 pour cent de la collecte. Il se situe loin derrière le crowdfunding immobilier et ses 845 millions d’euros, mais il progresse quand l’immobilier se stabilise après deux exercices difficiles. Notre bilan du marché français du crowdfunding reprend l’ensemble de ces séries par segment.

Cette progression du nombre de projets a une cause structurelle que la plupart des commentaires omettent : elle est en partie provoquée par la réglementation des appels d’offres, et non par la seule appétence des épargnants.

D’où vient l’argent qui vous rembourse

Les revenus d’une centrale renouvelable proviennent de la vente de l’électricité produite, sécurisée dans la majorité des cas par un contrat de complément de rémunération d’une durée de vingt ans conclu avec l’État à l’issue d’un appel d’offres. Ce mécanisme, et lui seul, explique la relative prévisibilité du chiffre d’affaires du secteur.

Le principe est simple. Le producteur vend son électricité sur le marché de gros. Si le prix de marché est inférieur au prix de référence obtenu lors de l’appel d’offres, l’État lui verse la différence ; s’il est supérieur, le producteur reverse l’excédent. Le revenu par mégawattheure reste donc proche du prix de référence, quelle que soit la volatilité des marchés.

Le niveau de ce prix de référence est plafonné. Le cahier des charges de l’appel d’offres portant sur les installations solaires au sol, version d’avril 2026, fixe un prix plafond de 90 euros par mégawattheure pour les deux premières périodes de candidature, les périodes suivantes devenant confidentielles. Un candidat qui dépasse ce plafond voit son offre écartée sans instruction.

Trois configurations sortent de ce cadre et appellent une vigilance accrue : la vente à un industriel par contrat d’achat direct, qui fait dépendre le projet de la solidité de cet acheteur ; la vente au prix du marché sans couverture, qui expose intégralement à la volatilité des prix de gros ; et les projets hors du champ des appels d’offres, notamment certaines unités de méthanisation, soumis à des logiques tarifaires propres. Le document d’information clé doit préciser laquelle de ces situations s’applique.

Une confusion revient systématiquement dans les échanges entre épargnants. Le contrat de complément de rémunération sécurise le revenu, pas la dette. Une société de projet peut disposer d’un contrat de vingt ans et être incapable de rembourser ses obligataires à échéance, parce que la construction a coûté plus cher que prévu ou parce que la mise en service a glissé de dix-huit mois. Le taux de défaut du crowdfunding en 2026 traduit cette réalité pour l’ensemble des segments.

Le bonus de financement collectif des appels d’offres CRE

L’existence de nombreuses collectes ENR s’explique par une incitation réglementaire directe : le cahier des charges des appels d’offres attribue des points de notation aux candidats qui ouvrent le financement ou la gouvernance de leur projet aux citoyens et aux collectivités locales. Sans ce dispositif, une part significative du marché n’existerait pas.

Dans la version d’avril 2026 du cahier des charges applicable aux centrales solaires au sol, chaque dossier reçoit une note sur cent points, répartie ainsi.

Critère de notationPoints
Prix proposé70
Impact carbone des modules16
Pertinence environnementale du terrain9
Gouvernance partagée, non cumulable avec le financement collectif5
Ou financement collectif, non cumulable avec la gouvernance partagée2

Le financement collectif exige qu’à la date d’achèvement de l’installation, et pendant au moins trois ans, 10 pour cent du financement du projet soit apporté par au moins vingt personnes physiques, ou par une ou plusieurs collectivités territoriales ou leurs groupements. Les personnes concernées doivent être domiciliées dans le département d’implantation du projet ou dans un département limitrophe, justificatif à l’appui. Le non-respect de cet engagement expose le lauréat à une minoration du prix de référence pouvant atteindre deux euros par mégawattheure sur toute la durée du contrat.

La gouvernance partagée est plus exigeante et mieux récompensée. Elle suppose un engagement de dix ans minimum et une détention d’au moins un tiers des fonds propres et des droits de vote par au moins vingt personnes physiques ou par des collectivités, pour trois points. Le barème monte à quatre points pour au moins 40 pour cent détenus par trente personnes, et à cinq points pour plus de la moitié détenue par au moins cinquante personnes, avec des conditions statutaires renforcées sur les majorités de vote.

Ce dispositif produit trois conséquences très concrètes pour un épargnant. Certaines offres sont réservées, au moins pendant une première phase, aux résidents d’un périmètre géographique donné, ce qui explique les collectes en deux temps que l’on observe sur les plateformes spécialisées. Les engagements de durée expliquent aussi que certaines souscriptions en capital soient bloquées longtemps. Enfin, un développeur peut avoir un intérêt réglementaire fort à réussir sa collecte, indépendamment de la qualité intrinsèque du projet : la présence d’une offre participative ne constitue donc en aucun cas un label de solidité financière. Notre article sur le financement participatif citoyen des énergies renouvelables développe cette dimension territoriale.

L’article L294-1 du code de l’énergie et l’accès des riverains

L’article L294-1 du code de l’énergie autorise expressément les sociétés constituées pour porter un ou plusieurs projets de production d’énergie renouvelable à proposer une part de leur capital aux personnes physiques, en particulier aux riverains du lieu d’implantation, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu’aux communautés d’énergie renouvelable.

Le texte, consultable sur Légifrance, figure au titre IX du livre II, consacré aux communautés d’énergie et à l’investissement participatif. Il ajoute que les sociétés coopératives régies par la loi du 10 septembre 1947 peuvent proposer à ces mêmes personnes de participer au financement des projets, et pas seulement à leur capital.

Deux éléments méritent d’être retenus. D’abord, les offres peuvent être présentées directement par le porteur de projet, ou par l’intermédiaire d’un conseiller en investissement, d’un intermédiaire en financement participatif ou d’un prestataire de services d’investissement : la voie directe existe donc légalement, hors plateforme agréée, avec les protections réduites que cela implique. Ensuite, une collectivité territoriale ne peut souscrire qu’après une décision de son organe délibérant, ce qui explique les calendriers parfois longs des tours de table locaux.

Ce cadre national coexiste avec le régime européen issu du règlement UE 2020/1503, qui plafonne à cinq millions d’euros par émetteur sur douze mois glissants le montant levable auprès du public. Notre décodage de la régulation européenne du crowdfunding expose l’articulation entre les deux ensembles.

Obligation, action, part de coopérative : trois véhicules distincts

Le véhicule juridique de la souscription détermine le rang de remboursement, la fiscalité et l’horizon de sortie, bien davantage que le taux affiché en page d’accueil. Trois formes coexistent sur le marché français.

CritèreObligation simpleAction de société de projetPart de société coopérative
Position juridiqueCréancierAssociéAssocié coopérateur
Rang de remboursementAprès la banque, avant les actionnairesDernierDernier
RémunérationIntérêt contractuelDividende non garantiIntérêt aux parts plafonné
Durée usuelle12 à 60 moisIndéterminéeLongue, souvent 5 ans minimum
Fiscalité des revenusPFU de 30 pour centPFU de 30 pour centPFU de 30 pour cent
SortieRemboursement à échéanceCession ou rachat, incertainRetrait selon les statuts
Réduction IR-PMENonPossible sous conditionsPossible sous conditions

L’obligation domine largement le marché parce qu’elle offre une échéance définie et un rendement contractuel, deux caractéristiques que le grand public comprend immédiatement. Elle n’offre en revanche aucune participation à la création de valeur si l’installation surperforme ses projections.

La souscription en capital, plus rare, s’adresse à ceux qui acceptent un horizon indéterminé en échange d’une exposition à la valeur de l’actif. Elle est aussi le véhicule des dispositifs de gouvernance partagée décrits plus haut, ce qui implique des engagements de détention longs. La question de la revente reste centrale dans les deux cas : notre article sur le marché secondaire du crowdfunding montre à quel point ces dispositifs restent embryonnaires en France.

Les risques propres aux projets d’énergie renouvelable

Le risque dominant du crowdfunding ENR n’est ni le prix de l’électricité ni la ressource naturelle, mais le calendrier. Un décalage de mise en service repousse le début des flux de trésorerie, donc les échéances de remboursement, sans que la société de projet ait commis la moindre faute de gestion.

Le raccordement au réseau arrive en tête. Une installation ne produit rien tant qu’Enedis ou RTE ne l’a pas raccordée, et les délais dépendent de la capacité disponible sur le poste source, des travaux de renforcement à réaliser et de l’encombrement des files d’attente régionales. Ce risque n’a pas d’équivalent dans le crowdfunding immobilier, où la livraison dépend essentiellement du promoteur et de ses entreprises.

Le contentieux administratif vient ensuite. Une autorisation environnementale ou un permis de construire peuvent faire l’objet d’un recours, et l’instruction devant le juge administratif se compte en années. Un projet dont les autorisations ne sont pas purgées de tout recours au moment de la collecte porte un risque de calendrier substantiel, que le document d’information clé doit mentionner.

La performance de production est un risque réel mais généralement surestimé. Les études de gisement solaire ou éolien reposent sur des séries historiques longues et des méthodes probabilistes normalisées. Un écart de quelques pour cent sur une année ne compromet pas le service de la dette, alors qu’un retard de dix-huit mois sur la mise en service le compromet souvent.

Le risque de contrepartie tient à la structure du montage. La société de projet est une coquille dédiée, sans autre actif que l’installation financée et sans historique. La solidité du développeur qui la détient n’engage pas juridiquement cette société, sauf garantie explicite de la maison mère, dont l’existence ou l’absence doit être contrôlée.

L’illiquidité enfin. Aucune obligation souscrite en financement participatif ne se revend facilement, et les prorogations d’échéance sont fréquentes. Un capital engagé doit être considéré comme immobilisé jusqu’au remboursement effectif, pas jusqu’à la date théorique.

Fiscalité : le prélèvement forfaitaire unique reste la règle

Les intérêts perçus sur une obligation de société de projet ENR sont imposés au prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent, décomposé en 12,8 pour cent d’impôt sur le revenu et 17,2 pour cent de prélèvements sociaux, sans aucun régime de faveur lié au caractère renouvelable du projet financé.

La plateforme applique un prélèvement forfaitaire non libératoire à la source lors du versement, imputable sur l’impôt dû l’année suivante. Une dispense d’acompte peut être demandée sous condition de revenu fiscal de référence, ce qui améliore la trésorerie sans changer l’impôt final. L’option globale pour le barème progressif reste ouverte et devient avantageuse dans les tranches basses, arbitrage que nous détaillons dans notre guide sur la fiscalité des intérêts de crowdlending, PFU contre barème.

Deux points spécifiques méritent attention. Une souscription au capital d’une société de projet peut ouvrir droit à la réduction d’impôt IR-PME si l’émetteur remplit les conditions de l’article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, ce qui est loin d’être systématique pour une société de projet énergétique. Et les parts de sociétés coopératives obéissent à des règles propres selon la nature de la rémunération versée. Nos analyses de la fiscalité du crowdlending et du rendement des projets ENR précisent ces cas.

Vérifier la plateforme et l’offre avant de souscrire

Toute plateforme proposant des obligations ou des titres au public en France doit être agréée prestataire de services de financement participatif par l’AMF, et figurer au registre européen tenu par l’ESMA. Cette vérification prend deux minutes et précède toute analyse de projet.

La méthode tient en quatre contrôles : rechercher le nom exact de la société dans le registre européen des prestataires de services de financement participatif ; recouper avec les informations publiées par l’AMF sur le financement participatif ; contrôler l’immatriculation au registre de l’ORIAS si la plateforme se prévaut du statut d’intermédiaire en financement participatif ; lire la section consacrée aux taux de défaut et aux retards, dont la publication est obligatoire.

Notre guide de vérification d’un agrément PSFP détaille chaque étape, et notre comparatif Enerfip, Lendosphère et Lumo applique cette grille aux principaux acteurs spécialisés du segment. Les analyses détaillées d’Enerfip, de Lendosphère et Lendopolis et de LITA.co complètent ce tour d’horizon.

Le règlement européen impose par ailleurs, pour les investisseurs non avertis, un test de connaissance et d’expérience, une simulation de capacité à supporter des pertes et un délai de réflexion précontractuel de quatre jours civils pendant lequel l’offre peut être révoquée sans motif ni pénalité. Une plateforme qui escamote ces étapes ne respecte pas ses obligations.

Construire une poche ENR cohérente

Une poche ENR se construit par dispersion sur un nombre suffisant de projets, d’émetteurs et de plateformes, et non par sélection du taux le plus élevé du moment. La logique est identique à celle des autres segments du financement participatif, avec deux ajustements propres au secteur.

Le premier tient au nombre de lignes. Le montant moyen levé par projet ENR étant plus faible que dans l’immobilier, un même budget permet d’atteindre plus rapidement une dispersion satisfaisante. Notre article sur la diversification et le nombre de projets fournit les ordres de grandeur utiles.

Le second tient à la corrélation des risques. Deux parcs solaires portés par le même développeur, raccordés sur la même région et soumis aux mêmes files d’attente de raccordement, ne constituent pas deux lignes indépendantes. La dispersion réelle exige de varier les développeurs, les technologies et les zones géographiques, pas seulement les numéros d’offre.

Un dernier point mérite d’être posé sans détour : l’utilité environnementale d’un projet ne réduit pas son risque financier. Un méthaniseur qui évite des émissions et qui fait défaut fait perdre le même capital qu’une opération sans aucune vertu écologique. Les deux dimensions s’évaluent séparément, avec des outils différents.

Trois erreurs fréquentes chez les investisseurs ENR

Prendre le contrat de vingt ans pour une garantie de remboursement. Le complément de rémunération sécurise un prix de vente de l’électricité, pas le service d’une dette obligataire. Un projet peut disposer de ce contrat et rembourser avec dix-huit mois de retard, ou pas du tout.

Interpréter la présence d’une collecte citoyenne comme un gage de qualité. Le bonus de notation du cahier des charges donne à tout candidat, solide ou fragile, une raison d’ouvrir son financement au public. L’existence de l’offre découle d’un calcul réglementaire, pas d’une sélection par la plateforme.

Négliger le stade du projet. Un financement de développement, avant obtention des autorisations, et un refinancement d’actif en exploitation portent des risques sans commune mesure, parfois pour des taux affichés proches. Le document d’information clé identifie ce stade, la page commerciale rarement.

Sources et références officielles

Note de la rédaction : cet article présente l’état du marché et du droit au mois d’août 2026. Avant tout engagement, vérifiez l’agrément de la plateforme auprès de l’AMF et de l’ESMA.

Questions fréquentes

Combien le crowdfunding ENR a-t-il collecté en France en 2025 ?

Le segment des énergies renouvelables a collecté 358 millions d'euros en 2025, en hausse de 2 pour cent, pour 407 projets financés, soit une progression de 31 pour cent du nombre d'opérations, selon le baromètre publié par France FinTech et Forvis Mazars. Le segment pèse un peu plus de 20 pour cent de la collecte totale du financement participatif français, qui s'est établie à 1 763 millions d'euros. Le montant moyen levé par projet ressort autour de 880 000 euros, très en deçà des tickets du crowdfunding immobilier. À jour au mois d'août 2026.

Pourquoi les développeurs de parcs solaires ouvrent-ils leur financement au public ?

Parce que le cahier des charges des appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie récompense cette ouverture par des points de notation. Dans la version d'avril 2026 de l'appel d'offres portant sur les centrales solaires au sol, une offre est notée sur cent points : soixante-dix pour le prix, seize pour l'impact carbone, neuf pour la pertinence environnementale du terrain, et deux points supplémentaires au titre du financement collectif ou cinq points au titre de la gouvernance partagée, les deux n'étant pas cumulables. Sur des appels d'offres où quelques centièmes de point départagent les candidats, ces points changent le classement.

Le complément de rémunération garantit-il le remboursement de mon obligation ?

Non. Le contrat de complément de rémunération sécurise le prix de vente de l'électricité produite pendant une durée longue, généralement vingt ans, mais il ne porte sur aucune obligation financière de la société de projet envers ses prêteurs. Si la production reste inférieure aux projections, si le raccordement prend du retard ou si la société supporte un surcoût de construction, le remboursement peut être décalé ou compromis. La visibilité sur le chiffre d'affaires n'est pas une garantie de crédit, distinction détaillée dans notre analyse des rendements et de la fiscalité des projets verts.

Que dit l'article L294-1 du code de l'énergie ?

Il autorise les sociétés constituées pour porter un projet de production d'énergie renouvelable à proposer une part de leur capital aux personnes physiques, en particulier aux riverains du lieu d'implantation, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux communautés d'énergie renouvelable. Les sociétés coopératives peuvent en outre proposer à ces mêmes personnes de participer au financement du projet. Ces offres peuvent être présentées directement par le porteur ou par l'intermédiaire d'un conseiller en investissement, d'un intermédiaire en financement participatif ou d'un prestataire de services d'investissement.

Quelle fiscalité s'applique aux gains d'un projet ENR ?

Les intérêts obligataires relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 pour cent, soit 12,8 pour cent d'impôt sur le revenu et 17,2 pour cent de prélèvements sociaux, sans avantage propre au caractère renouvelable du projet. L'option globale pour le barème progressif reste possible et peut être favorable dans les tranches basses, arbitrage détaillé dans notre guide sur la fiscalité des intérêts de crowdlending. Une souscription en capital dans une société de projet éligible peut, elle, ouvrir droit à la réduction IR-PME sous conditions strictes.

Manon Lemaire

Rédactrice spécialisée investissement participatif

Manon Lemaire rédige les analyses de Crowdialogue sur le financement participatif : crowdfunding immobilier, prêt rémunéré, royalties, risques et fiscalité. Elle s'appuie sur la réglementation AMF/PSFP et les données publiques des plateformes pour décrypter les offres sans conseil en investissement.

Information éditoriale. Crowdialogue est un média indépendant. Nous n'exerçons pas d'activité de conseil en investissement et ne distribuons pas de produits financiers. Les informations publiées ont une valeur strictement informative. Avant tout investissement, consultez un conseiller agréé par l'AMF (Autorité des marchés financiers) ou l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution).

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